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Chapitre 0, Doctrine et standard minimal


Ce chapitre pose la doctrine. Les suivants la déclinent. Lisez-le avant le reste du livre. Relisez-le chaque année, en séance plénière de club, avec le coordinateur catastrophes et le président entrant.

Un club Rotary préparé n'est pas une association de bénévoles improvisés. C'est une cellule locale de connaissance, de confiance, de coordination et de mobilisation. Connaissance de son territoire. Confiance construite avec les autorités, les ONG et les membres. Coordination interne structurée. Mobilisation rapide quand l'événement survient.

Ce livre est le cadre opérationnel qui rend cette cellule standardisable, reproductible, transmissible. Il ne remplace pas le jugement du coordinateur. Il lui donne la grille sur laquelle ce jugement s'exerce.


La doctrine en sept temps

La réponse catastrophe d'un club Rotary suit sept temps. Ni six, ni huit. Apprenez-les par cœur.

1. PRÉPARER AVANT
2. AGIR VITE
3. ÉVALUER PRÉCISÉMENT
4. REMONTER L'INFORMATION
5. ACTIVER LE RÉSEAU
6. DOCUMENTER
7. AMÉLIORER

Ces sept temps structurent les parties du livre. Ils structurent votre plan d'urgence. Ils structurent votre SITREP. Ils structurent votre débriefing.

1. Préparer avant

Un plan existant, un coordinateur nommé, une call-down list testée, un inventaire des compétences à jour, des partenariats formalisés. Sans préparation, les six temps suivants s'effondrent.

Réalisé dans les chapitres 1 à 11.

2. Agir vite

Les premières heures décident. La majorité des vies sauvées le sont dans les 72 premières heures. Un club qui attend des instructions perd cette fenêtre.

Réalisé dans les chapitres 12 et 13.

3. Évaluer précisément

Chiffres, pas impressions. Nombre de sinistrés, typologie des besoins, état des infrastructures critiques. Une évaluation floue produit un DRG refusé ou mal calibré. Une évaluation précise produit un DRG approuvé en trois jours.

Réalisé dans le chapitre 12 (évaluation rapide) et le chapitre 14 (opérations continues).

4. Remonter l'information

SITREP au DRO toutes les 6 heures en phase aiguë, puis quotidiennement. L'information qui ne remonte pas est une information qui n'existe pas pour le district. Pas de SITREP, pas de financement, pas de coordination.

Réalisé dans le chapitre 16 et le formulaire 1 de l'annexe A.

5. Activer le réseau

DDRF d'abord, DRG en parallèle, ShelterBox, DNA-RAG, RAGs spécialisés, partenaires hors Rotary. La puissance du Rotary tient à la vitesse d'activation du réseau, pas à la taille d'un club isolé.

Réalisé dans les chapitres 18 à 22.

6. Documenter

Photos datées, reçus, listes de bénéficiaires, registres financiers. Un dollar non documenté est un dollar perdu pour la stewardship, et un DRG futur compromis pour tout le district.

Réalisé dans le chapitre 24.

7. Améliorer

After-Action Report recommandé dans les 30 jours selon la doctrine de ce livre. Partage des leçons apprises. Mise à jour du plan. Un club qui ne débriefe pas ne s'améliore pas.

Réalisé dans le chapitre 25.


Pourquoi les clubs échouent en situation de catastrophe

Ce livre existe parce que la plupart des clubs échouent. Pas par manque de cœur. Par manque de cadre. Voici les neuf causes récurrentes observées dans la pratique de la réponse aux catastrophes par les clubs Rotary. Identifiez celles qui s'appliquent à votre club. Traitez-les avant l'événement.

Cause d'échec Ce que cela produit sur le terrain Traitement
Absence de coordinateur catastrophes Personne n'active le plan. Le président improvise. Les membres s'organisent par affinités, pas par compétences. Ch. 5, Nommer un coordinateur chaque année
Absence d'annuaire à jour Les numéros du DG, du DRO, de la mairie, de la Croix-Rouge ne sont pas dans le bon téléphone. 3 heures perdues pour joindre les bons interlocuteurs. Ch. 2 et annexe B, Mise à jour annuelle au 1er juillet
Dépendance excessive au district Le club attend les instructions au lieu d'agir. Les 72 premières heures sont gaspillées. Ch. 1 et 12, Autonomie d'abord, district informé en parallèle
Confusion entre aide humanitaire et bonne volonté Distributions désorganisées, pas d'évaluation préalable, violation involontaire des principes Do No Harm. Ch. 4, Principes humanitaires, standards Sphere
Manque de discipline documentaire Photos sans dates, reçus perdus, registre bénéficiaires inexistant. Le DRG est refusé ou la stewardship est bloquée. Ch. 24, Documentation dès l'heure 1
Communication improvisée Plusieurs porte-parole, messages contradictoires, rumeurs non démenties, donateurs dans le flou. Ch. 8 et 16, Un porte-parole unique, SITREP formalisé
Volontaires non encadrés Bénévoles spontanés non inscrits, pas d'EPI, pas d'assurance. Un accident, et le club est exposé juridiquement. Ch. 15, Inscription, briefing, rotation obligatoires
Absence de retour d'expérience Les mêmes erreurs reviennent à la catastrophe suivante. Le savoir opérationnel s'évapore au changement de bureau. Ch. 25, AAR dans les 30 jours, archivage du dossier historique
Peur de décider sans instruction supérieure Le coordinateur attend la validation du DG pour chaque dépense de 200 USD. La rapidité de la réponse s'effondre. Ch. 11, Règles d'autorisation claires, seuils prédéfinis

Règle de diagnostic : si votre club cumule trois causes ou plus, il est en situation de fragilité opérationnelle. N'attendez pas la prochaine saison à risque pour traiter.


Le standard minimal d'un club prêt

Un club est opérationnellement prêt quand il remplit les dix critères ci-dessous, tous les dix, pas huit sur dix. En deçà, le club est exposé.

Les dix critères

# Critère Référence chapitre Fréquence
1 Un coordinateur catastrophes nommé par le conseil d'administration Ch. 5 Annuel, 1er juillet
2 Une call-down list testée par un appel réel Ch. 7 Trimestriel
3 Un annuaire à jour : district, mairie, secours, partenaires Ch. 2 et annexe B Annuel
4 Une matrice de risques territoriaux (probabilité × impact) Ch. 3 Annuel
5 Un inventaire des compétences et ressources des membres Ch. 7 Annuel
6 Un point de ralliement principal et un point secondaire identifiés Ch. 7 Validation annuelle
7 Un protocole de communication de crise écrit Ch. 8 Annuel
8 Un modèle de SITREP imprimé dans le kit du club Ch. 16 et annexe A formulaire 1 Permanent
9 Une procédure de documentation des dépenses et actions Ch. 11 et 24 Permanent
10 Un débriefing après chaque activation, même mineure Ch. 25 Post-événement

Audit annuel du standard

Le coordinateur catastrophes réalise un audit du standard une fois par an, idéalement en juin avant la passation de bureau. Il coche les dix critères, documente les écarts, et présente le résultat au conseil d'administration et au président entrant.

Un club qui coche 10/10 est un club standard, prêt à recevoir un DRG, à participer à un exercice district, à intégrer une opération multi-clubs.

Un club qui coche moins de 7/10 doit traiter ses écarts avant la prochaine saison à risque.

Ce standard est destiné à évoluer vers une certification Rotary de préparation catastrophe, délivrée par le district sur validation du DRO. Il ne remplace aucune certification officielle existante ; il structure une pratique.


Le rôle du DNA-RAG dans la doctrine

Le DNA-RAG (Disaster Network of Assistance Rotary Action Group) n'est pas une autorité hiérarchique. Il ne commande ni les clubs, ni les districts, ni les zones. Rotary International et The Rotary Foundation conservent leurs prérogatives. Le DG décide au niveau district, le président au niveau club.

Le DNA-RAG fait autre chose. Il conseille, connecte, coordonne, outille. Ses quatre fonctions :

Fonction Ce que cela signifie concrètement pour votre club
Coordination transversale Quand une catastrophe touche plusieurs districts, le DNA-RAG évite que chaque district réinvente la roue. Il aligne les réponses, partage les évaluations, mutualise les ressources.
Connexion Le DNA-RAG met en relation un club hôte avec un club parrain international pour un Global Grant. Il connecte un club sinistré avec un district voisin disposant de ressources.
Capitalisation Le DNA-RAG collecte les retours d'expérience des opérations passées et les met à disposition du réseau. Vos After-Action Reports alimentent cette base.
Outillage Le DNA-RAG produit et diffuse des modèles, des checklists, des formations. Ce livre vise à compléter les ressources existantes du DNA-RAG, sans en être un produit officiel.

Règle pratique : dès que votre catastrophe concerne plus d'un district ou nécessite une expertise technique spécialisée, contactez le DNA-RAG. Tôt plutôt que tard. Le formulaire d'urgence est sur dna-rag.com.


Usage du livre comme base de formation

Ce livre est conçu pour servir quatre formats de formation, du plus court au plus engageant.

Formation club, 2 heures

Un module unique, animé par le coordinateur catastrophes, lors d'une réunion plénière de club.

  • 20 min : doctrine en sept temps (ce chapitre) + cas du chapitre 1
  • 30 min : standard minimal (ce chapitre), audit live du club
  • 30 min : exercice tabletop simplifié (chapitre 10)
  • 20 min : actions à engager dans les 30 jours
  • 20 min : discussion

Objectif : aligner le club sur la doctrine et démarrer un plan d'amélioration.

Exercice annuel de simulation, une demi-journée

Organisé par le coordinateur, avec participation du bureau et d'au moins dix membres.

Scénario basé sur l'un des risques prioritaires de la matrice territoriale (chapitre 3). Application des chapitres 12 à 17. Production d'un SITREP réel. Débriefing selon le chapitre 25.

Objectif : tester la call-down list, le protocole de communication, et identifier les écarts au standard minimal.

Formation district, une journée

Destinée aux coordinateurs catastrophes de plusieurs clubs. Animée par le DRO ou un membre expérimenté du DNA-RAG.

Matin : doctrine, standard minimal, DCA-3/2/3, activation financière. Après-midi : exercice multi-clubs, coordination inter-clubs, SITREP inter-clubs, débriefing.

Objectif : homogénéiser la préparation des clubs du district.

Parcours d'intégration, nouveau coordinateur catastrophes

Pour un coordinateur nouvellement nommé, sur trois mois :

  • Mois 1 : lecture complète du livre. Rencontre avec le président sortant et le président entrant. Audit du standard minimal.
  • Mois 2 : participation à une réunion DNA-RAG (2e lundi du mois, 9 h EST). Présentation au DRO du district.
  • Mois 3 : premier exercice tabletop. Finalisation du plan d'urgence du club pour l'année.

Objectif : intégration opérationnelle complète avant la saison à risque.


Comment lire le reste du livre

Les parties I à VII du livre suivent la chronologie : comprendre, se préparer, agir, activer le réseau, après, fiches, annexes. Mais chaque partie se lit aussi comme un développement de l'un des sept temps de la doctrine.

Partie Temps doctrinal correspondant
I, Comprendre Préalable aux sept temps
II, Se préparer 1. Préparer avant
III, Agir 2. Agir vite · 3. Évaluer précisément · 4. Remonter l'information
IV, Activer le réseau 5. Activer le réseau
V, Après 6. Documenter · 7. Améliorer
VI, Fiches Outils transversaux aux sept temps
VII, Annexes Outils transversaux aux sept temps

Si vous n'avez qu'une heure : lisez ce chapitre 0 et le chapitre 1. Vous avez la doctrine et le pourquoi. Le reste se déploie à partir de là.

Maintenant, commençons par comprendre dans quel écosystème vous opérez.