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Chapitre 22, Coordonner sur le terrain

S'intégrer dans la coordination officielle

Quand une catastrophe frappe, les autorités activent un système de gestion de crise. En France, c'est le plan ORSEC. Aux États-Unis, l'Incident Command System (ICS). Dans les Caraïbes, les agences nationales de gestion des catastrophes (CDEMA pour la région, NEMO, ODPEM, etc. par pays). Chaque pays a le sien.

Votre club n'est pas un service de secours agréé. Vous n'avez pas vocation à remplacer les pompiers, la protection civile ou la Croix-Rouge. Mais vous avez quelque chose qu'aucun d'entre eux n'a : un réseau de professionnels expérimentés, une capacité de financement rapide, et une présence permanente dans la communauté.

Pour que cette valeur ajoutée soit exploitée, vous devez vous intégrer dans le système de coordination officiel, pas opérer en parallèle.

Les 5 actions d'intégration

  1. Se signaler auprès du Point de Coordination Municipal ou Préfectoral dans les premières heures. Présentez-vous, déclarez qui vous êtes et ce que vous pouvez offrir.

  2. Déclarer vos capacités : nombre de bénévoles disponibles, compétences professionnelles (médecins, ingénieurs, logisticiens), véhicules, fonds disponibles, matériel.

  3. Demander une zone d'intervention ou un rôle spécifique. Ne vous auto-attribuez pas une mission. Demandez : "Où avez-vous le plus besoin de nous ? Que ne couvrez-vous pas ?"

  4. Assister aux réunions de coordination. En phase aiguë, elles sont quotidiennes. Envoyez toujours la même personne, le Coordinateur Catastrophes du club ou son suppléant.

  5. Rendre compte de vos actions dans le cadre commun. Pas de rapport Rotary séparé envoyé uniquement au district, un compte-rendu intégré dans le système de coordination local.

Principe fondamental : Le Rotary complète, soutient et finance. Il ne dirige pas les opérations de secours. Il respecte la chaîne de commandement officielle.


La réunion de coordination locale

C'est l'outil de coordination le plus simple et le plus efficace. Une réunion quotidienne de 30 minutes avec tous les acteurs présents sur le terrain.

Format

Élément Détail
Fréquence Quotidienne en phase aiguë (premiers jours à 2 semaines), puis bi-hebdomadaire
Durée 30 minutes maximum, pas une heure, pas 45 minutes. 30 minutes.
Lieu Mairie, salle de crise, ou visioconférence (WhatsApp/Zoom)
Participants Club Rotary + Croix-Rouge + Mairie + Pompiers + Associations locales
Animateur L'autorité officielle (mairie, préfecture), pas le Rotary

Ordre du jour type

Temps Point Détail
5 min Tour de table Chaque organisation résume en 1 minute ce qu'elle a fait depuis la dernière réunion
5 min Besoins identifiés non couverts Quels problèmes restent sans solution ?
5 min Ressources disponibles non utilisées Qui a du matériel, des bénévoles, des fonds non encore déployés ?
10 min Attribution des tâches Qui fait quoi pour les prochaines 24 heures ? Attribution claire et nominative.
5 min Divers / urgences Points non prévus, alertes météo, changement de situation

Règles de discipline

  • Chaque participant parle une fois, brièvement. Pas de monologues.
  • Les décisions sont notées par un secrétaire (votre secrétaire de club peut jouer ce rôle).
  • Le compte-rendu est distribué dans l'heure par WhatsApp ou email.
  • Les absents sont considérés comme d'accord avec les décisions prises.

La fiche de coordination ONG

Ce document est mis à jour quotidiennement. Il répond à une seule question : qui fait quoi où ? C'est la version opérationnelle de la règle des 3W (Who does What Where).

Modèle

FICHE DE COORDINATION, Date : ___ / ___ / __, Zone : ______

Organisation Actions en cours Zone couverte
Croix-Rouge ________ ________
Mairie ________ ________
Pompiers ________ ________
Rotary ________ ________
[Autre] ________ ________

Besoins non couverts :




Ressources disponibles non déployées :



Décisions prises :



Prochaine réunion : ___ / ___ / ______ à ___ h ___

Gardez 20 copies vierges de cette fiche dans votre kit d'urgence. En situation de catastrophe, vous n'aurez peut-être pas accès à une imprimante.


Les 6 pièges de coordination à éviter

Ces erreurs sont classiques. Elles coûtent du temps, de la crédibilité, et parfois des vies.

Piège 1, Arriver sans se signaler

Ce qui se passe : Votre club se déploie directement sur le terrain sans prévenir les autorités. Résultat : vous dupliquez le travail de quelqu'un d'autre, vous gênez les secours professionnels, et vous créez un risque de sécurité pour vos propres membres.

Solution : Première action : se présenter au point de coordination. Toujours. Même si vous pensez que vous perdez du temps.

Piège 2, Distribuer sans coordination

Ce qui se passe : Votre club distribue de la nourriture dans un quartier pendant que la Croix-Rouge fait la même chose deux rues plus loin. Un autre quartier ne reçoit rien. Les bénéficiaires du premier quartier reviennent faire la queue aux deux distributions. Ceux du second quartier sont oubliés.

Solution : Avant toute distribution, vérifiez la carte des actions en cours. Utilisez la fiche de coordination. Demandez en réunion : "Qui distribue quoi où aujourd'hui ?"

Piège 3, Ignorer les leaders communautaires locaux

Ce qui se passe : Vous organisez une action sans impliquer les leaders de la communauté touchée (chefs de quartier, imams, pasteurs, présidents d'association). La communauté ne vous fait pas confiance, les bénéficiaires les plus vulnérables sont oubliés, et des tensions émergent.

Solution : Dès le premier jour, identifiez les leaders locaux et intégrez-les dans votre action. Ils connaissent les familles les plus touchées, les personnes isolées, les besoins réels.

Piège 4, Promettre plus qu'on ne peut tenir

Ce qui se passe : Dans l'émotion des premières heures, votre président déclare aux médias que le club "reconstruira 50 maisons". Le club n'a ni les fonds, ni les capacités, ni le mandat pour cela. Six mois plus tard, les gens attendent encore.

Solution : N'annoncez que ce qui est sûr. "Nous fournissons 200 kits d'hygiène cette semaine", pas "Nous reconstruirons le quartier". La sous-promesse suivie de la sur-livraison est toujours préférable.

Piège 5, Photographier les victimes sans consentement

Ce qui se passe : Un membre photographie des familles sinistrées pour le rapport au district ou les réseaux sociaux. Les photos circulent sans consentement. Atteinte à la dignité, problèmes légaux potentiels, et perte de confiance de la communauté.

Solution : Demandez le consentement avant chaque photo. Si le consentement n'est pas possible ou pertinent (foule, urgence), anonymisez. Pas de visages d'enfants identifiables sans autorisation parentale explicite.

Piège 6, Négliger les ONG déjà présentes

Ce qui se passe : Votre club lance sa propre opération sans vérifier ce que font les ONG présentes depuis des années dans la zone. Rivalité, duplication, tensions. Les ONG locales vous perçoivent comme un concurrent, pas un partenaire.

Solution : La réunion de coordination quotidienne. Systématique. Et avant de lancer toute action : "Quelqu'un fait-il déjà cela ?"


La valeur ajoutée du Rotary sur le terrain

Quand on se coordonne correctement, le Rotary apporte trois choses que personne d'autre n'apporte de cette manière.

1. L'expertise professionnelle de ses membres

Vos membres ne sont pas des bénévoles ordinaires. Ce sont des médecins, des ingénieurs, des avocats, des entrepreneurs, des comptables, des architectes. Cette expertise professionnelle est directement mobilisable en catastrophe.

Compétence Application en catastrophe
Médecin Triage, soins de base, évaluation sanitaire
Ingénieur structure Évaluation des bâtiments (sûrs / à démolir / réparables)
Avocat Aide juridique aux sinistrés (assurances, droits)
Comptable Gestion financière de l'aide, traçabilité des fonds
Entrepreneur BTP Organisation du déblaiement, réparations
Logisticien Chaîne d'approvisionnement, transport
Psychologue Soutien psychologique de proximité
Informaticien Rétablissement des communications, outils numériques

2. La capacité de financement rapide

Le Rotary peut mobiliser des fonds à trois vitesses : le DDRF (immédiat), le DRG (2-4 semaines ; 24-48 heures sur soumission préemptive pour une tempête nommée), le Global Grant (3-6 mois). Aucune ONG locale ne dispose de ce triple levier. Quand la Croix-Rouge a besoin de 10 000 USD pour acheter de l'eau en urgence et que les canaux de financement habituels sont trop lents, le Rotary peut parfois combler le gap.

3. Le réseau international

Un appel au DNA-RAG, et en 24 heures, votre club local est connecté à des districts en Australie, au Canada, en Allemagne, au Japon, avec des fonds, de l'expertise et des partenaires pour les Global Grants. Aucune autre organisation de service ne dispose de ce maillage mondial activable en moins de 48 heures.


Checklist de coordination terrain

À utiliser dès les premières heures de l'intervention :

  • Signalé au Point de Coordination Municipal / Préfectoral
  • Capacités déclarées (bénévoles, compétences, fonds, matériel)
  • Zone d'intervention ou rôle attribué par les autorités
  • Première réunion de coordination assistée
  • Fiche de coordination ONG remplie (jour 1)
  • Leaders communautaires locaux identifiés et contactés
  • Carte des actions en cours vérifiée avant toute distribution
  • Porte-parole unique désigné pour les médias
  • Protocole photo/consentement rappelé à tous les bénévoles
  • SITREP envoyé au DRO du district