Chapitre 9 : Les lieux : commerces, marchés, développement local¶
Le 22 février 2011, un séisme frappe Christchurch, en Nouvelle-Zélande. Le centre-ville est bouclé ; on l'appelle bientôt la zone rouge. Les boutiques qui ont tenu debout sont derrière les barrières.
Très vite, un comité de commerçants et de propriétaires du centre se réunit. Son constat est simple : beaucoup de petites entreprises cherchent une solution, aucune n'a les moyens de s'installer dans un centre commercial, et beaucoup meurent. Le comité refuse aussi une idée qui gagne la ville, celle que Christchurch pourrait se passer de centre.
En mars, il a une idée. Il la présente au ministre chargé du relèvement de Canterbury, qui l'annonce publiquement avec lui le mois suivant : un centre commercial provisoire, construit en conteneurs maritimes. Les conteneurs protègent les marchandises, se montent vite et résistent aux séismes. Le comité se fixe une date butoir, la dernière semaine d'octobre, avant la grande foire annuelle et les achats de Noël.
L'entreprise de construction repère 64 conteneurs en Chine. Le comité, devenu entre-temps une fiducie, Re:START the Heart Trust, doit signer l'achat alors que l'argent n'est pas réuni. « We signed it before we had a dollar in the bank », racontera son président. L'argent vient ensuite : un prêt sans intérêt de 3,36 millions de dollars néo-zélandais de la fiducie de l'appel aux dons pour le séisme, une subvention d'une banque, plus tard des fonds de l'État. L'entreprise de construction et l'architecte travaillent d'abord bénévolement. Les conteneurs arrivent au port de Lyttelton en août, à soixante et un jours de l'ouverture.
Le samedi 29 octobre 2011, huit mois après le séisme, le centre commercial Re:START ouvre dans le Cashel Mall, ses conteneurs peints de couleurs vives. Le magazine local qui raconte cette journée parle de larmes de joie chez des habitants qui ne pensaient plus pouvoir revenir au centre-ville. Le grand magasin voisin rouvre le même jour.
Re:START devait être provisoire. Il durera plus de six ans, et sa fermeture fera partie de son succès : le chapitre 14 la racontera.
Ce que la scène enseigne¶
L'économie d'un territoire se voit dans ses rues. Tant que le centre de Christchurch était fermé, la ville avait des commerçants, des clients et de l'argent, mais plus d'endroit où les réunir. Re:START n'a pas créé d'entreprises : il a rendu un lieu à des entreprises qui existaient.
Ce sont des commerçants qui l'ont fait. Pas une agence, pas un programme international : un comité de commerçants et de propriétaires, qui connaissaient leur rue, leurs clients et le calendrier du commerce. Votre club ressemble beaucoup plus à ce comité qu'à une organisation humanitaire.
La date venait du commerce, pas du projet. Le comité a visé la semaine d'avant la foire et les achats de Noël, parce que c'est là que se fait une part du chiffre d'affaires de l'année. Un lieu qui ouvre après la saison a perdu sa raison d'être.
Le provisoire était assumé. Des conteneurs, pas des murs. Un projet qui ne prétendait pas reconstruire la ville, mais tenir jusqu'à ce qu'elle soit reconstruite.
On ne sait pas tout. Aucune évaluation indépendante de Re:START n'a été trouvée : ni chiffre d'affaires, ni taux de survie des commerces, ni même leur nombre exact. Selon un communiqué officiel de 2014, la majorité des commerçants présents étaient là depuis l'ouverture. C'est tout ce que l'on peut dire.
Pourquoi une rue rouvre, ou ne rouvre pas¶
Le chapitre 1 a montré qu'une entreprise rouvre si ses voisines rouvrent, et que l'électricité, l'eau, l'accès et les clients décident plus que les dommages du local. Ce chapitre en tire la conséquence pratique : le bon niveau d'action, pour la relance du commerce, est la rue ou le marché, pas l'entreprise isolée.
Un chapitre d'une étude de l'agence japonaise de coopération (JICA) consacré à Kobe le formule en une phrase, mais à propos d'une autre catastrophe, le séisme et le tsunami de 2011 dans l'est du Japon, et de ses rues commerçantes : « There is no point in opening a store that is isolated from other stores. » Ouvrir une boutique isolée des autres ne sert à rien.
Le guide de l'Organisation internationale du Travail (OIT) et du Programme des Nations unies pour le développement (PNUD) sur l'emploi après une catastrophe, publié en 2021, énumère ce dont dépend la reprise des activités : la vitesse du déblaiement et de la réparation des routes ; le retour de l'électricité, de l'eau, du gaz et des télécommunications, même par des réseaux provisoires ; et la reconstruction des zones de vente des marchés, des entrepôts et des biens physiques des entreprises. Seul le dernier point relève de l'aide aux entreprises. Les deux premiers relèvent des autorités, et votre club peut les signaler, les suivre, et parfois aider à les combler.
À Beyrouth, après l'explosion du port du 4 août 2020, une équipe de la Near East Foundation fait du 11 au 14 août le tour de quatre quartiers voisins du port. Un boucher de la Quarantaine montre ce qu'il a perdu : ses caméras de surveillance, un réfrigérateur à viande payé environ 5 000 dollars, deux voitures, des murs fissurés. L'épicerie voisine a perdu son réfrigérateur. Mais l'évaluation relève autre chose : l'emploi du quartier dépendait du port, des entrepôts et des usines, presque tout est arrêté, et il y a moins de monde pour faire vivre les commerces. Interrogés sur les artisans qui pourraient réparer leurs maisons, les habitants répondent unanimement qu'il n'y en a pas dans le quartier.
Le commerçant a perdu un réfrigérateur ; la rue a perdu ses clients, et le quartier ses réparateurs. Une aide peut racheter le réfrigérateur. Les clients, eux, dépendent des emplois du port et des entrepôts.
| Ce qui manque | Qui en a la charge | Ce que peut faire le club |
|---|---|---|
| Accès, déblaiement, routes | autorités, entreprises de travaux | signaler, relayer les besoins des commerçants |
| Électricité, eau, télécommunications | opérateurs, autorités | signaler ; groupe électrogène partagé si les règles le permettent |
| Local, stock, équipement | le commerçant, ses assureurs, ses prêteurs | relier à un prêteur ou un financeur (chapitre 6) |
| Clients | l'emploi du quartier, le retour des habitants | rouvrir ensemble, faire revenir les clients |
| Artisans de la réparation | marché du travail | formation, mise en relation (chapitre 7) |
Le principe : relancer un territoire, pas des entreprises dispersées¶
L'OIT a formalisé cette approche sous le nom de relèvement économique local. Son guide de 2010, écrit pour les situations d'après-conflit et étendu aux catastrophes en 2016, la définit comme une approche par territoire, qui stimule à la fois l'offre et la demande des marchés touchés : à court terme, elle réduit peu à peu la dépendance à l'aide par des emplois temporaires et des revenus ; à long terme, elle recrée les conditions pour que l'économie locale reparte d'elle-même. Elle est limitée dans le temps, orientée vers des résultats, et favorise les achats locaux de biens et de services.
Parmi les principes propres à cette approche, deux concernent directement votre club.
« Minimize Market Distortions », limiter les distorsions de marché. L'OIT observe que les distributions de nourriture et d'autres dons peuvent empêcher d'écouler les surplus produits dans les régions non touchées, avec des conséquences sur les prix et sur le revenu des agriculteurs, et que des subventions et des prêts gratuits, s'ils ne sont pas limités dans leur portée et dans le temps, faussent la perception du coût du capital.
« Maximize the Use of Local Resources », utiliser au maximum les ressources locales. L'OIT l'écrit sans détour : « In certain cases, local procurement might be less cost-efficient than importing goods and services. However, it creates opportunities for local businesses and stimulates the local economy. » Acheter sur place coûte parfois plus cher qu'importer, mais cela crée des occasions pour les entreprises locales et stimule l'économie locale.
Le même guide demande d'associer au moins un représentant de l'administration locale aux décisions dès le départ. Et il fixe l'horizon : à long terme, le relèvement économique local doit évoluer vers le développement économique local ordinaire. On retrouve la frontière entre ce livre et le guide CED.
Des lieux provisoires pour garder les commerçants¶
Re:START n'est pas un cas isolé. Partout où les locaux sont détruits, des lieux provisoires ont servi à garder les commerçants dans le territoire en attendant les murs définitifs.
Le Sanriku : trente boutiques et des bracelets¶
Après le tsunami de 2011, la ville de Minamisanriku, dans la préfecture de Miyagi, ouvre un village commerçant provisoire de trente boutiques, avec l'appui du programme du ministère japonais de l'Économie, du Commerce et de l'Industrie pour les petites et moyennes entreprises. Dans certaines boutiques, on vend des souvenirs fabriqués par des habitants, surtout des femmes. Dans la même région du Sanriku, un autre projet, porté par une alliance à but non lucratif d'entreprises de médias, fait fabriquer à des femmes un bracelet tressé avec des matériaux de filets de pêche.
Ce bracelet raconte un angle mort. Les pêcheurs sinistrés avaient trouvé du travail dans un programme d'emplois d'urgence de l'Agence des pêches, pour déblayer les ports. Leurs femmes, qui travaillaient avant dans la transformation des produits de la mer, étaient restées sans emploi. Le projet leur reversait environ la moitié des ventes ; au 29 février 2012, selon le site du projet cité par la Banque mondiale, 298 productrices avaient reçu jusqu'à 83 millions de yens. Ce sont des chiffres déclarés par le projet. La leçon tient sans eux : un débouché commercial peut faire travailler ceux que les autres programmes oublient.
Hassa : un parc d'activités à quatre acteurs¶
Après les séismes du 6 février 2023 en Turquie, la municipalité de Hassa, dans la province de Hatay, installe des boutiques préfabriquées dans un parc d'activités, pour que les commerçants qui ont perdu leur local puissent reprendre et que la chaîne d'approvisionnement locale reparte. Avec peu de moyens, elle cherche un partenaire pour aider ces commerçants à reconstituer stocks et équipements.
Le programme qui suit, conduit de mai à septembre 2023, repose sur quatre acteurs qui se partagent le travail.
| Acteur | Rôle |
|---|---|
| Municipalité | fournit le lieu, puis la formation |
| Chambre des artisans et commerçants | atteste l'enregistrement des commerces d'avant le séisme |
| ONG turque YSYD | contacte les commerçants, suit, contrôle |
| ONG internationale CORE | verse les subventions, tient les bureaux d'inscription |
Les commerçants dont la boutique a été détruite sont prévenus par SMS à partir du registre de la chambre. Trois bureaux d'inscription les accueillent dans le parc. Seules les entreprises qui existaient avant le séisme, enregistrées à la chambre et endommagées, sont éligibles. Chacune présente un plan d'affaires. La subvention est versée en deux tranches égales : la seconde après une visite de contrôle et la présentation des factures d'achat de stock et d'équipement. Cinquante-huit entreprises du parc sont aidées.
Un chiffre dit la limite : les commerçants demandaient en moyenne 159 236 livres turques ; ils ont reçu en moyenne 35 000 livres, soit environ 22 % de la demande moyenne (la note du programme écrit 35 %, chiffre incompatible avec ses propres moyennes). La subvention aide à rouvrir, elle ne remplace pas ce qui a été perdu. Et les achats d'occasion, moins chers, n'avaient souvent pas de facture, ce qui a retardé la seconde tranche. Ce que le programme a produit, et ce que son évaluation prouve ou non, est l'objet de la scène du chapitre 13.
Ce modèle à quatre acteurs se transpose : un lieu public, un registre professionnel, une organisation locale de suivi, un financeur. Un club peut tenir le rôle du financeur, ou celui de l'organisation qui connaît les commerçants, à condition d'accepter les preuves que permet le marché local.
Rouvrir un marché¶
Le marché en fer de Port-au-Prince, deux halles rouge et vert inaugurées en 1891, était un centre du commerce de la ville depuis plus d'un siècle. Un incendie ravage la halle nord en mai 2008. Le séisme du 12 janvier 2010 fait le reste : une dalle de béton ajoutée des décennies plus tôt s'effondre sur la halle sud.
La reconstruction est financée par un mécène privé, environ 12 millions de dollars, et confiée à des architectes avec un délai de moins d'un an. Le marché rouvre le 11 janvier 2011, la veille du premier anniversaire du séisme. Il est conçu pour accueillir 800 vendeurs.
Un an plus tard, un journaliste de la presse d'architecture y trouve des centaines de vendeurs et de clients du quartier. Mais un vendeur de souvenirs lui dit que les touristes « don't come that often » : ils ne viennent pas souvent. Autour du marché, des tentes, des immeubles délabrés, des rues encombrées.
Le bâtiment était reconstruit. Le quartier ne l'était pas, et une partie de la clientèle ne revenait pas. Les sources lues ne disent rien de la gestion du marché après sa réouverture, ni des revenus des vendeurs. Pour votre club, la leçon est double : un lieu symbolique compte, il dit à la ville qu'elle repart ; mais un marché vit de ses clients, et les clients dépendent de tout ce qui l'entoure.
Reconstruire en faisant travailler l'économie locale¶
La reconstruction des maisons, des écoles et des bâtiments publics n'est pas le sujet de ce livre. Mais elle est le plus gros chantier de l'après-catastrophe, et la manière de la conduire décide de qui en profite.
À Bhachau, dans le district de Kutch au Gujarat, en Inde, le séisme du 26 janvier 2001 fait s'effondrer 93 % des maisons de cette ville d'environ 35 000 habitants. L'État du Gujarat choisit de faire reconstruire par les propriétaires eux-mêmes, avec une aide versée en trois tranches : 40 % au démarrage, une deuxième à l'achèvement des murs, les 20 % restants à la fin. Des ingénieurs publics certifient chaque étape avant la tranche suivante. Les familles transportent elles-mêmes les matériaux et fournissent la main-d'œuvre non qualifiée ; des maçons formés aux règles parasismiques construisent avec elles. L'organisation locale qui accompagne les familles exclues faute de titre foncier résume l'intérêt de la méthode en deux formules : elle « Strengthens local economy » et « Promotes local artisanal participation ».
Une enquête de l'Overseas Development Institute (ODI) menée auprès de 434 ménages fin 2004 et début 2005 compare les approches. La satisfaction à l'égard de la qualité du logement atteint 93,3 % pour la reconstruction conduite par les propriétaires, contre 22,8 % pour les maisons bâties par des entreprises sur un nouveau site, qui avaient pourtant reçu davantage : une aide de 124 000 roupies par logement en moyenne, contre 40 000 à 90 000. La même enquête relève des limites : l'aide calculée sur ce qui avait été perdu plutôt que sur le besoin, et, selon certains, de petits paiements pour accélérer les versements.
Le manuel de la Banque mondiale sur la reconstruction du logement, publié en 2010, explique le mécanisme. La reconstruction conduite par les propriétaires « tends to involve local building industry, thereby contributing to restoration of local economy and livelihoods » : elle fait travailler le bâtiment local et contribue au relèvement de l'économie locale. Les matériaux locaux, contrairement aux matériaux importés, « support the local economy and livelihoods ».
Le guide OIT-PNUD de 2021 ajoute une piste qu'un club de chefs d'entreprise comprend immédiatement : dans une zone sinistrée, peu d'entreprises locales sont assez organisées pour répondre aux appels d'offres publics de la reconstruction ; il peut falloir adapter les règles pour qu'elles puissent concourir, seules ou en partenariat avec de plus grandes.
Ce que votre club peut en tirer, quand il finance ou parraine un chantier : exiger dans le cahier des charges l'emploi d'artisans et de fournisseurs du territoire ; aider les petites entreprises locales à se regrouper pour répondre aux marchés ; verser par tranches, contre une étape vérifiée, comme au Gujarat ou à Hassa.
L'écueil du bâtiment vide¶
Le risque le plus coûteux de ce chapitre est simple à décrire : un bâtiment neuf, inauguré, photographié, et vide un an plus tard. La recherche menée pour ce livre n'a trouvé aucune étude consacrée aux marchés reconstruits restés vides après une catastrophe, ni sur la gestion des marchés rebâtis dans les pays à faible revenu. Mais les signes sont là : le marché en fer sans ses touristes, et à Kobe, après 1995, des logements construits pour attirer des actifs restés vacants, « a market that failed to materialize » selon une étude d'ONU-Habitat. Ce cas porte sur le logement, pas sur un marché de commerce ; nous le citons parce que le mécanisme est le même, une offre bâtie pour une demande qui ne vient pas.
Le seul cas documenté avec sa gouvernance vient d'un pays riche. À Cedar Rapids, aux États-Unis, après l'inondation de 2008, un marché public ouvre en 2012 dans un bâtiment industriel inondé et réhabilité. L'idée vient d'habitantes. Les vendeurs sont choisis, 24 sur plus de 300 candidats ; les loyers sont inférieurs au marché ; le marché accompagne ses commerçants comme un incubateur. Selon le manuel canadien qui rapporte le cas, un commerçant voisin dit que le marché a doublé son activité du week-end ; le même manuel inscrit le marché dans un plan de revitalisation du quartier, porté par plusieurs acteurs. Gardez la méthode, pas l'échelle.
Une règle vaut déjà en temps normal, et ce livre la reprend : un équipement est un service, pas un bâtiment. Après une catastrophe, elle devient impérative. Avant toute construction, votre club exige des réponses écrites à cinq questions :
- Qui est propriétaire du lieu ?
- Qui l'exploite au quotidien ?
- Qui encaisse les loyers ou les droits de place, et à quel niveau ?
- Qui paie l'entretien, et sur quel budget ?
- Quels commerçants s'y installeront, et les clients viendront-ils ?
Pas d'inauguration sans ces réponses.
Ce que la Fondation Rotary finance, et ce qu'elle ne finance pas¶
La règle a des conséquences directes pour ce chapitre. Les conditions des subventions mondiales en vigueur en juillet 2026 excluent « New construction of, or additions to, any structure in which people live, work, or engage in any gainful activity », avec des exemples qui comprennent les écoles, les maisons, les abris et les hôpitaux, mais aussi « containers, and mobile homes ». Elles ajoutent : « If the project depends on the construction of such a structure, it must be paid for by funds other than global grant funds. » Elles excluent aussi l'achat de terrains ou de bâtiments.
Autrement dit, ni Re:START, ni le parc de Hassa, ni une halle neuve ne pourraient être payés par une subvention mondiale. Les règles n'interdisent pas pour autant la réparation ou la rénovation, que le Code de la Fondation mentionne ; mais la limite entre réparation et reconstruction est à faire confirmer par le responsable régional des subventions avant de bâtir un projet dessus.
La conséquence pour votre club tient en une règle de conduite : séparer les murs et l'activité. Les murs (une halle, des boutiques provisoires, un atelier) se financent ailleurs : collectivité, État, bailleurs, fondations, prêts sans intérêt comme celui qui a lancé Re:START. L'activité (l'équipement des commerçants, la formation, l'accès au crédit par un prêteur, l'accompagnement) peut relever d'une subvention mondiale, sous ses conditions. Le chapitre 10 détaille ce montage.
Ce que fait le club¶
| Étape | Ce que fait le club | Avec qui |
|---|---|---|
| Choisir le lieu | une rue, un marché, un quartier, pas des entreprises dispersées | évaluation du chapitre 3 |
| Réunir les commerçants | un comité de commerçants, propriétaires, élus | association de commerçants, chambre |
| Lister ce qui bloque | accès, services, local, clients, artisans | autorités, opérateurs |
| Décider provisoire ou permanent | provisoire d'abord, avec une date de fin | municipalité |
| Écrire le plan d'exploitation | propriétaire, exploitant, recettes, entretien | comité, municipalité |
| Séparer murs et activité | chercher les financeurs des murs ailleurs | collectivité, bailleurs, fondations |
| Acheter et embaucher local | cahier des charges des chantiers | entreprises du territoire |
| Verser par tranches | contre une étape vérifiée | organisation locale de suivi |
Votre club peut prendre l'initiative du comité, ou en devenir un membre parmi d'autres. À Christchurch, ce sont des commerçants qui ont tout conçu ; à Hassa, une municipalité. Dans les deux cas, quelqu'un a réuni autour d'une table ceux qui tenaient la rue. C'est souvent ce qu'un club sait faire le mieux.
Les pièges¶
| Piège | Pourquoi il arrive | Parade |
|---|---|---|
| Aider des entreprises isolées dans une rue morte | on aide ceux qui demandent | choisir un lieu, rouvrir ensemble |
| Reconstruire un bâtiment sans exploitant | la construction est visible | cinq questions écrites avant toute construction |
| Confondre bâtiment rouvert et clientèle revenue | l'inauguration fait l'événement | suivre la fréquentation et les ventes |
| Ouvrir après la saison commerciale | le projet suit son calendrier | caler la date sur le calendrier du commerce |
| Faire du provisoire sans fin prévue | le provisoire s'installe | fixer dès le départ la date et la manière de fermer |
| Chercher une subvention mondiale pour des murs | la règle est mal connue | séparer murs et activité |
| Exiger des factures que le marché ne fournit pas | on applique les règles du temps normal | prévoir des preuves adaptées, comme à Hassa |
| Oublier ceux qui n'ont pas de boutique | les registres ne les voient pas | vendeurs de rue, travail à domicile, comme dans le Sanriku |
L'ordre des quatre leviers dans le temps¶
Ce chapitre ferme la partie III. Les quatre leviers sont décrits ; il reste à les mettre dans l'ordre, pour votre territoire et votre catastrophe. Le schéma de la page de partie propose une séquence ; ce livre la rappelle ici sous forme de calendrier, que votre club remplira. Les fenêtres sont des ordres de grandeur, et la séquence une proposition, pas une norme.
| Levier | Premiers mois | De 6 à 24 mois | Au-delà de 2 ans |
|---|---|---|---|
| Argent (ch. 6) | le prêteur gère ses clients ; épargne ; appuis de transition | subventions aux petites entreprises par des partenaires | crédit nouveau par un prêteur local |
| Compétences (ch. 7) | travail payé avec formation | métiers de la reconstruction | métiers durables après les chantiers |
| Marchés (ch. 8) | semer à temps ; rétablir les commerçants | chaînes réparées ; coopératives vérifiées | coopératives consolidées |
| Lieux (ch. 9) | rouvrir la rue ; lieux provisoires | marchés rouverts ; achats locaux des chantiers | lieux permanents gérés par des locaux |
Trois repères documentés tiennent cette séquence. Une évaluation indépendante de l'OIT aux Philippines, après le typhon Haiyan, a jugé la relance des entreprises existantes « highly cost effective » et déconseillé la création d'entreprises nouvelles dans un projet de douze mois. L'Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO) place les champs-écoles des producteurs après les premiers secours, quand les communautés recommencent à s'établir. Au Népal, le crédit de relance passé par des coopératives est arrivé quinze à trente mois après le séisme. Le reste est un jugement : le vôtre, éclairé par l'évaluation du chapitre 3.
Ce que votre club a désormais en main¶
À la fin de ce travail, votre club dispose du volet « lieux » de son dossier de relèvement : le lieu choisi, ce qui l'empêche de revivre et qui en a la charge, le comité qui le porte, le plan d'exploitation de tout bâtiment envisagé, et la séparation entre ce qui finance les murs et ce qui finance l'activité. Il dispose aussi du calendrier des quatre leviers, qui assemble les volets des chapitres 6 à 9 et dit, pour chacun, quand il commence et quand il passe la main.
Le comité de Christchurch a signé l'achat de ses conteneurs avant d'avoir un dollar en banque. Il savait ce qu'il voulait rouvrir, pour qui et pour quand ; l'argent a suivi. Reste à savoir d'où viendra le vôtre, et dans quel ordre : c'est la question du chapitre suivant.
Checklist¶
- Le lieu d'action est choisi : une rue, un marché, un quartier
- Un comité réunit commerçants, propriétaires et autorité locale
- Ce qui empêche la réouverture est listé, avec qui en a la charge
- Les besoins qui relèvent des autorités (accès, électricité, eau) leur ont été signalés
- Le choix entre provisoire et permanent est fait, avec une date de fin pour le provisoire
- Tout bâtiment envisagé a un propriétaire, un exploitant, des recettes et un budget d'entretien écrits
- Les murs et l'activité ont des financements séparés
- Le cahier des charges des chantiers financés prévoit artisans et fournisseurs locaux
- Les versements se font par tranches, contre une étape vérifiée, avec des preuves adaptées au marché local
- Les vendeurs sans boutique et les femmes exclues des autres programmes ont été pris en compte
- Le calendrier des quatre leviers est rempli pour votre territoire
- Le volet « lieux » du dossier de relèvement est rédigé
Pour aller plus loin¶
- OIT, Local Economic Recovery in Post-Conflict: Guidelines, Genève, 2010 ; et OIT, Employment and Decent Work in Situations of Fragility, Conflict and Disaster: Guide, 2016.
- OIT et PNUD, Employment, Livelihoods and Social Protection: Guide for Recovery Implementation, 2021.
- A. K. Jha et al., Safer Homes, Stronger Communities: A Handbook for Reconstructing after Natural Disasters, Banque mondiale et GFDRR, 2010.
- Banque mondiale, Learning from Megadisasters: Lessons from the Great East Japan Earthquake, 2014, chapitre sur les moyens d'existence et l'emploi.
- CORE et YSYD, Learning Brief: Empowering Communities: Post-Earthquake Small Business Recovery in Hatay, Turkey, avril 2024, publié par le CALP Network.
- Rotary International, Terms and Conditions for Rotary Foundation Global Grants, version de juillet 2026, sur My Rotary.
- Economic Developers Alberta, Community Toolkit for Economic Recovery and Resiliency, édition canadienne, 2019.
- Le guide CED, chapitre sur le développement local intégré.