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Chapitre 10 : Financer le relèvement

Le 4 août 2020, 2 750 tonnes de nitrate d'ammonium explosent dans un hangar du port de Beyrouth. Plus de 200 personnes meurent, plus de 6 000 sont blessées, 300 000 perdent leur logement. L'hôpital public de la Quarantaine, à 900 mètres de l'épicentre, est gravement endommagé.

Dans les jours qui suivent, un club Rotary de Londres ouvre une page de dons et prend contact avec un club de Beyrouth. Le club libanais, qui sera le parrain local, est en lien avec un club canadien, qui deviendra le parrain international. Le projet vise l'hôpital, et le club londonien devient le point de ralliement de la collecte en Grande-Bretagne et en Irlande. Il ouvre un circuit unique pour regrouper les dons des clubs et des districts et limiter les frais de virement. Les rotariens organisent un rallye de voitures anciennes d'un bout à l'autre de la Grande-Bretagne, un pique-nique libanais, une quête de rue.

À la mi-février 2021, l'objectif d'environ 400 000 dollars est atteint. La demande de subvention mondiale, de 391 000 dollars, est déposée le 20 février 2021, pour équiper un bloc opératoire pédiatrique et néonatal et un service de pédiatrie. La Fondation Rotary l'approuve le 30 mars 2021. En Grande-Bretagne et en Irlande, 116 clubs Rotary, 2 clubs Inner Wheel et 4 districts y ont contribué ; dans le monde, plus de 150 clubs et districts de sept pays.

Le service de pédiatrie détruit, lui, a été reconstruit avec l'aide du gouvernement suisse. La subvention mondiale ne paie pas les murs. Elle paie ce qu'on met dedans.

Ce projet n'est pas un projet de relèvement économique : c'est un hôpital. Mais c'est un calendrier réel et un montage réel, publiés par le magazine du Rotary en Grande-Bretagne et en Irlande, et ils disent ce que votre club doit savoir avant de promettre quoi que ce soit.

Ce que la scène enseigne

La première leçon tient au temps. De l'explosion à l'approbation, il s'est écoulé presque huit mois. Et c'était un projet bien mené, porté par un réseau mobilisé dès les premiers jours, sur un besoin évident. Une subvention mondiale n'est pas un outil d'urgence. Si votre club attend la fin des secours pour commencer à monter son dossier, il ajoutera ces huit mois à ceux qu'il a déjà perdus.

La deuxième tient à la séparation des murs et de l'activité. Le bâtiment a été payé par un gouvernement étranger ; l'équipement, par les rotariens et la Fondation. Ce partage applique une règle de la Fondation, et cette règle pèse lourd après une catastrophe, quand la moitié des besoins visibles sont des bâtiments.

La troisième tient à la composition de l'argent. Les 391 000 dollars ne sont pas venus d'un donateur. Ils ont été réunis par plus de 150 clubs et districts de sept pays, dans une seule demande que la Fondation a approuvée. L'article ne détaille pas la part des fonds de district et celle du Fonds mondial ; mais savoir qui peut mettre quoi, et dans quel ordre, est un métier.

Ce chapitre vous donne ce métier : la bonne source d'argent pour la bonne période.

Le principe : chaque argent a son objet et son calendrier

Le Code de la Fondation fixe la doctrine générale : le rôle du Rotary International et de la Fondation est « to be a resource and to assist in long term disaster recovery ». Le même texte précise que les donateurs pressés de donner pour une catastrophe doivent être dirigés vers un comité local de secours déjà établi, « not The Rotary Foundation », pour éviter retards et frais de traitement. Et il ajoute : « Noting that the immediate need for districts impacted by disasters is typically cash, The Foundation discourages donations of goods, unless requested by a local committee. »

Autrement dit, la Fondation se positionne sur la durée, et elle préfère l'argent aux biens. Pour le reste, elle offre trois outils. Tous les chiffres qui suivent sont ceux des Terms and Conditions en vigueur en juillet 2026 ; la Fondation se réserve le droit de les modifier à tout moment, et l'annexe E indique où vérifier la version du jour.

Outil Qui le demande Période Montant (juillet 2026)
Subvention catastrophe (DRG) le district touché seulement six mois après la catastrophe jusqu'à 25 000 dollars
Subvention de district le district, une fois par an année rotarienne jusqu'à 50 % de l'allocation SHARE
Subvention mondiale (GG) un parrain local et un parrain étranger après approbation, sur plusieurs années budget d'au moins 30 000 dollars

La subvention catastrophe : le pont des six premiers mois

Le Disaster Response Grant (DRG) finance, selon ses conditions de juillet 2026, « relief and recovery efforts in areas that have been affected by natural disasters within the past six months ». Les subventions vont jusqu'à 25 000 dollars américains, versées par la Fondation « to districts located in the affected area only ».

Ce qu'elle peut payer : de l'eau, de la nourriture, des bons alimentaires, des médicaments, des vêtements et des matériaux de construction. Les bons alimentaires et les matériaux de construction n'apparaissaient pas dans la version de 2019. Pour un club tourné vers le relèvement, ce sont les deux lignes qui comptent : des bons dépensés chez les commerçants locaux, des matériaux achetés aux fournisseurs du territoire.

Ce qu'elle ne paie pas, entre autres : l'achat de terrains ou de bâtiments, les systèmes de garantie de prêts, les dons en espèces sans affectation à une personne ou à une organisation, le soutien « continuous or excessive » à une même personne ou communauté, et toute dépense engagée avant l'approbation.

Les règles de fonctionnement :

  • Le demandeur est un comité d'au moins trois rotariens, qui comprend le gouverneur et le président de la commission Fondation du district (DRFC). Ce comité est chargé de travailler avec la communauté touchée pour identifier ses besoins.
  • Le district doit être qualifié. Les fonds ne peuvent être ni utilisés par un autre district ni envoyés à un autre district.
  • Le paiement va sur un compte bancaire contrôlé par le district, à deux signatures. Aucun paiement à un club ; le district paie directement les fournisseurs.
  • Les plafonds internes : jusqu'à 20 % pour les imprévus, jusqu'à 3 % pour les frais administratifs.
  • La file d'attente : si le fonds catastrophe est vide, la demande attend que l'argent revienne, au plus tard jusqu'à six mois après la catastrophe.
  • Le rapport est dû dans les six mois qui suivent la réception du paiement. Un district ne peut demander une nouvelle subvention catastrophe qu'après avoir rendu compte de la précédente.

Pour une catastrophe d'ampleur, le Code de la Fondation d'octobre 2026 prévoit une exception. Le président du conseil des administrateurs peut approuver la création d'un fonds propre à cette catastrophe, dont les subventions catastrophe peuvent atteindre 50 000 dollars, avec au plus deux subventions ouvertes par district touché pendant un an. La catastrophe doit remplir trois de quatre critères : être naturelle ; toucher au moins un million de personnes ; faire l'objet d'une couverture médiatique mondiale ; dépasser la capacité économique de la zone. Il faut aussi que le Rotary soit assez présent sur place pour gérer et contrôler les subventions. Le district ne le demande pas lui-même : la création doit être recommandée par un administrateur de la Fondation en exercice, un membre du conseil d'administration du Rotary International ou le secrétaire général (Code de la Fondation, article 21.010). Le district peut alerter l'une de ces personnes ; la décision appartient au président du conseil des administrateurs.

Retenez l'essentiel : la subvention catastrophe est courte, de district, et plafonnée. Elle ne finance pas un programme de relèvement économique de deux ans. Elle tient les six premiers mois et peut amorcer la transition (chapitre 4).

La subvention de district : le petit outil souple

La subvention de district finance, selon ses conditions de juillet 2026, des « small-scale, short-term activities ». Elle est financée uniquement par les fonds de district (DDF), et un district peut y consacrer jusqu'à 50 % de son allocation SHARE, pour une seule subvention par année rotarienne.

Trois de ses activités éligibles intéressent directement le relèvement : les évaluations communautaires ; la construction et la rénovation ; le microcrédit avec une institution de microfinance enregistrée et active depuis au moins trois ans.

C'est le seul outil de la Fondation qui puisse payer à la fois un diagnostic économique avant une subvention mondiale et une petite rénovation. Mais son calendrier est rigide :

  • la demande se fait au plus tard le 15 mai de l'année rotarienne concernée ;
  • les conditions de paiement doivent être remplies avant le 31 mai, faute de quoi la subvention est annulée ;
  • la subvention de l'année précédente doit être close avant tout nouveau versement ;
  • le rapport final est dû dans les douze mois qui suivent le paiement, ou dans les deux mois qui suivent l'utilisation complète des fonds si c'est plus tôt ;
  • les activités doivent être achevées dans les 24 mois qui suivent le transfert des fonds au club ou au bénéficiaire.

Conséquence pratique : quand la catastrophe frappe, la subvention de district de l'année est peut-être déjà engagée sur d'autres projets. Posez la question à votre DRFC dès la première semaine.

La subvention mondiale : l'outil du relèvement

La subvention mondiale (Global Grant) est l'outil qui porte un vrai projet de relèvement. Ses conditions de juillet 2026 fixent d'abord ce qu'un projet doit être :

  • répondre aux conclusions d'une évaluation communautaire et être conçu avec la communauté hôte ;
  • être durable, au sens précis que la Fondation donne au mot : « Sustainability is the capacity for outcomes to be maintained locally and to serve the community's continuing priorities » ;
  • être mesurable, à partir des mesures standard du supplément de suivi et d'évaluation, document d'avril 2015 auquel renvoient les conditions de 2026 : vérifiez sa version en vigueur auprès du responsable régional des subventions (chapitre 13) ;
  • être porté par deux parrains principaux, un club ou district du pays du projet et un club ou district d'un autre pays ;
  • ne causer aucun tort.

Elles fixent ensuite le financement :

  • Budget minimal de 30 000 dollars, apport maximal du Fonds mondial de 400 000 dollars.
  • Abondement de 80 % des fonds de district : chaque dollar de DDF engagé attire 0,80 dollar du Fonds mondial.
  • Les espèces ne sont pas abondées, qu'elles viennent de rotariens ou non. Versées à la Fondation, elles portent un supplément de 5 % pour frais de traitement.
  • Au moins 15 % des contributions d'une subvention humanitaire doivent venir de l'extérieur du pays du projet.
  • Ne peuvent pas contribuer en espèces : une organisation coopérante, un fournisseur, une personne qui bénéficie de la subvention. Le texte ajoute : « Funds should never be collected from the people who will benefit from the grant-funded activities. »
  • Le financement ne peut plus être modifié une fois la subvention approuvée.

Prenons un exemple type. Votre district engage 20 000 dollars de DDF ; le Fonds mondial y ajoute 16 000 dollars. Le club partenaire étranger et ses voisins versent 10 000 dollars en espèces, qui ne sont pas abondés. Le budget atteint 46 000 dollars : il dépasse le minimum, et la part étrangère se vérifie ligne par ligne. Les chiffres sont fictifs ; les règles de calcul sont celles de juillet 2026.

Trois postes du budget sont plafonnés séparément, chacun à 10 % du total : les imprévus, la gestion du projet (qui peut inclure un chef de projet et les frais administratifs propres au projet d'une organisation coopérante), et la mesure des résultats. Le Guide to Global Grants de 2025 peut se lire comme un plafond de 10 % pour les trois ensemble ; ce sont les Terms and Conditions qui font foi.

L'examen dépend de l'apport demandé au Fonds mondial. Jusqu'à 50 000 dollars, la demande est examinée par le secrétaire général du Rotary. De 50 001 à 200 000 dollars, un expert du domaine l'analyse et le projet reçoit une visite intermédiaire du Cadre de conseillers techniques. De 200 001 à 400 000 dollars, les administrateurs l'examinent à des dates fixes, avec visite préalable et audit ou visite intermédiaire. Au-delà de 50 000 dollars, le paiement se fait par tranches, la suivante après un rapport d'étape et une visite du Cadre.

Les rapports sont faits par les deux parrains. Le premier rapport d'étape est dû dans les douze mois qui suivent le premier paiement, puis tous les douze mois ; le rapport final, dans les deux mois qui suivent la fin des activités. Les pièces sont gardées au moins cinq ans. Et une règle doit être affichée dans tout district : « The Foundation won't approve new grant applications from grant sponsors that have any overdue reports for any Foundation grant. »

Ce que la subvention mondiale ne paie pas

Pour un projet de relèvement, cinq interdits des conditions de juillet 2026 décident de presque tout.

Interdit Ce que cela veut dire après une catastrophe
Dépenses antérieures à l'approbation ce que le club a fait pendant l'urgence ne sera pas remboursé
Achat de terrains ou de bâtiments le marché couvert ne s'achète pas avec la subvention
Construction neuve ou extension d'un lieu de vie ou de travail ni atelier, ni école, ni abri, ni conteneur, ni mobil-home
Achèvement d'un bâtiment jamais occupé le chantier interrompu par la catastrophe ne se termine pas avec elle
Activités menées surtout par une autre organisation le projet doit être initié, contrôlé et géré par des rotariens

La règle sur la construction est rédigée sans ambiguïté : « New construction of, or additions to, any structure in which people live, work, or engage in any gainful activity, such as buildings (schools, homes, low-cost shelters, or hospitals), containers, and mobile homes. » Elle ajoute que si le projet dépend d'une telle construction, celle-ci doit être payée par d'autres fonds.

Le Code de la Fondation garde une formule plus ouverte sur la construction « in conjunction with strategic partners ». Ne vous y appuyez pas : les Terms and Conditions sont la règle opérationnelle. La réparation et la rénovation, en revanche, ne figurent pas parmi les interdits de 2026 ; la limite entre réparer et reconstruire se discute avec le responsable régional des subventions avant d'écrire la moindre ligne de budget.

S'y ajoutent d'autres interdits du même texte : pas de dons en espèces sans affectation (le chapitre 5 y revient), pas de biens qui deviendraient la propriété du club, du district ou d'un membre, pas d'activités sans lien réunies dans une même demande.

Programs of Scale : hors de portée d'un club seul

Pour mémoire, le Code de la Fondation prévoit chaque année une subvention unique de 2 millions de dollars, Programs of Scale, pour un programme de trois à cinq ans porté par un club ou un district avec des partenaires extérieurs, qui doivent apporter au moins 500 000 dollars en espèces. La sélection se fait par concours, en deux étapes. Un club sinistré n'y prétendra pas seul ; un district ou un groupe de districts, plusieurs années après une catastrophe majeure, peut-être.

Ce que la politique de développement économique rend possible

Le relèvement économique a sa place explicite dans la Fondation. La politique du domaine « développement économique communautaire » (avril 2024) compte parmi ses buts : « Strengthening communities' economic resilience and adaptive capacity in response to environmental and climate-related hazards and natural disasters ». Le microcrédit, la formation à l'entrepreneuriat et aux métiers, les petites entreprises, les coopératives, les activités génératrices de revenus et l'agriculture des petits producteurs entrent dans son périmètre.

Les lignes directrices de ce domaine, dans leur version d'avril 2024, posent cinq exigences qui façonnent un projet de relèvement.

  1. Pas d'évaluation, pas d'examen. « The Foundation will not consider projects without a community assessment. » Les mêmes lignes directrices demandent de recueillir des données de référence avant le projet. Votre fiche d'évaluation (chapitre 3) est la première pièce du dossier.
  2. Un plan de durabilité chiffré. La demande décrit « a two- to four-year plan for how the community will replenish funds after the global grant is complete ». À propos des financements que d'autres acteurs prévoient de lever, le texte précise entre parenthèses : « The Rotary Foundation and clubs cannot provide indefinite support. »
  3. Une formation qui n'est pas un stage isolé. Elle « shouldn't be a standalone course or one-time intervention ». Tout gros équipement exige un plan financier à trois à cinq ans.
  4. Des biens en petite part. La distribution d'objets comme des fauteuils roulants ou des machines à coudre doit rester « a small part of a project's budget ».
  5. Des projets inéligibles. Entre autres : « Projects that only seek to donate equipment », les infrastructures sans résultat économique direct ou sans plan d'exploitation et d'entretien, la réhabilitation de centres communautaires, les projets initiés par des fournisseurs qui veulent vendre leurs produits, et les petites activités disparates réunies dans une seule demande.

La conséquence est nette pour un club qui voudrait distribuer des « kits de redémarrage » aux commerçants sinistrés. Financé par une subvention mondiale, ce projet doit devenir un projet de formation, de crédit ou de coopérative, dont les biens distribués ne sont qu'une petite part, avec une ligne de base et un plan pour la suite. Un pur don d'équipement est inéligible.

Le microcrédit est éligible, sous les conditions de la section 11 des Terms and Conditions : une institution de microfinance enregistrée et active depuis au moins trois ans, un capital prêté au moins deux fois sur au moins dix-huit mois, un taux plafonné, une formation qui dépasse la gestion du prêt, et pas de système de garantie. Toute demande comportant du microcrédit passe par un examen complémentaire du domaine, quelle que soit sa taille. Le chapitre 6 détaille ces règles ; retenez ici que votre club ne prête pas lui-même, il finance et vérifie un prêteur.

La fiche Six Steps to Sustainability du Rotary résume l'esprit de l'ensemble en six titres : connaître la communauté, encourager l'engagement local, offrir des occasions d'apprendre, acheter local, trouver des financements locaux, mesurer ses résultats.

Un vrai projet, à son échelle

Le projet de Khokana, au Népal, raconté au chapitre 7, en donne la mesure. Un club népalais et un club canadien y montent une subvention mondiale de développement économique pour former environ 150 femmes touchées par les séismes de 2015 à des activités génératrices de revenus. La page du district canadien indique un coût de 42 263 dollars, un démarrage le 15 mai 2017 et une fin prévue le 31 décembre 2018.

Deux ans entre le séisme et le démarrage, un budget modeste, un partenaire local qui reste : c'est l'échelle réaliste d'une subvention mondiale de relèvement portée par des clubs. Les sources sont des publications du Rotary, sans évaluation des revenus.

Le relais des trois subventions

Les trois outils ne se concurrencent pas : ils se relaient. Ce livre propose de les enchaîner ainsi, en adaptant à chaque catastrophe.

Période Outil principal Ce qu'il finance pour le relèvement
Six premiers mois subvention catastrophe bons chez les commerçants, matériaux achetés localement
Année rotarienne en cours ou suivante subvention de district évaluation communautaire, petite rénovation, projet pilote
Après approbation, sur deux à quatre ans subvention mondiale formation, crédit, coopérative, équipement, suivi
flowchart LR
    A[Catastrophe] --> B[Subvention catastrophe<br/>district touché<br/>six premiers mois]
    A --> P[Préparer le dossier<br/>pendant l'urgence]
    B --> C[Subvention de district<br/>évaluation, rénovation, pilote]
    P --> C
    C --> D[Subvention mondiale<br/>parrains local et étranger<br/>formation, crédit, coopérative]
    D --> E[Plan de durabilité<br/>deux à quatre ans]
    F[Fonds du club<br/>et dons affectés] -.-> B
    F -.-> C
    G[DDF du district<br/>abondés à 80 %] -.-> D
    H[Espèces des clubs<br/>non abondées] -.-> D
    I[Partenaires extérieurs<br/>murs, bâtiments, prêts] -.-> E

Ce schéma traduit une règle simple : on prépare le dossier pendant l'urgence, parce que la subvention mondiale ne rembourse rien de ce qui précède son approbation.

Le calendrier réel

Les conditions de juillet 2026 bornent le calendrier par quatre délais d'annulation : une demande ouverte doit être déposée dans les douze mois ; une demande déposée doit être complétée et approuvée dans les six mois ; les conditions de paiement doivent être remplies dans les six mois qui suivent l'approbation ; les activités doivent commencer dans les douze mois qui suivent le paiement.

À Beyrouth, un réseau mobilisé a mis un peu moins de huit mois de la catastrophe à l'approbation. À Khokana, le projet démarre deux ans après le séisme. Le guide catastrophe propose, sans citer de source, un ordre de grandeur de deux à trois ans entre la catastrophe et la clôture d'une subvention mondiale ; c'est une estimation de planification, pas une règle de la Fondation. Ces trois repères suffisent à dire une chose aux sinistrés : votre club ne promet rien pour le mois prochain.

Deux points techniques sont à vérifier auprès du DRFC. Le Guide to Global Grants de 2025, qui n'est ni les conditions de juillet 2026 ni le Code d'octobre 2026, précise que les DDF engagés sont prélevés sur l'année où la demande est approuvée ; vérifiez ce point aussi auprès du responsable régional des subventions. Et le Code de la Fondation parle d'un cycle SHARE de trois ans sans en décrire le mécanisme dans les passages lus : ne supposez pas que les dons de cette année seront disponibles cette année.

L'argent hors Fondation

La Fondation n'est qu'une partie du plan. Le reste vient de quatre sources.

Les fonds du club et du district. Un budget exceptionnel voté en réunion, le fonds catastrophe du district s'il en existe un. Ce sont les seuls fonds disponibles tout de suite, et les seuls qui peuvent payer ce que la Fondation exclut.

Les dons reçus. Le guide catastrophe pose une règle qui vaut ici plus qu'ailleurs : l'argent donné « pour l'urgence » ne va pas à la reconstruction sans l'accord du donateur. Dites aux donateurs, dès la collecte, à quoi servira leur argent et sur quelle durée. Une collecte affichée « relèvement économique sur trois ans » se gère sans renégociation.

Les fonds tenus par un groupe d'action. Le Code du Rotary d'octobre 2026 permet à un groupe d'action de recueillir des dons pour un projet de club ou de district et d'en détenir jusqu'à 100 000 dollars, au-delà avec l'accord du secrétaire général. Le groupe d'action Rotary pour le développement économique communautaire (RAGCED), de son côté, se présente comme un complément de la Fondation pour les projets qui n'entrent pas dans les modèles de ses subventions ; la structure juridique qui porte cette offre a changé entre ses deux sites, et il faut la confirmer avec le groupe (chapitre 11).

Les partenaires extérieurs. Collectivités, État, bailleurs, fondations, entreprises, banques. Ce sont eux qui paient les murs, comme le gouvernement suisse à Beyrouth. Deux montages documentés méritent l'attention d'un club :

  • Le prêt sans intérêt. À Christchurch, après le séisme de février 2011, la fiducie issue d'un comité de commerçants a financé le centre commercial provisoire en conteneurs par un prêt sans intérêt de 3,36 millions de dollars néo-zélandais de la fiducie de l'appel de fonds du séisme, complété par une subvention bancaire, puis par une subvention publique de 1,27 million pour son déménagement en 2014 (chapitre 9).
  • Le test, puis l'extension. En Haïti, après le séisme de 2010, l'institution de microfinance Fonkoze a d'abord reçu plus de 174 000 dollars de Mercy Corps pour tester son programme auprès de 500 clients, puis 8 millions de dollars de la Croix-Rouge américaine pour l'étendre à 18 000 emprunteurs, selon la presse spécialisée de l'époque (chapitre 6). Un petit financement qui prouve, un grand qui étend : votre club peut tenir le premier rôle.

La contribution des bénéficiaires

Les standards minimaux pour le relèvement économique (MERS) observent que les actifs de subsistance ont plus de valeur pour les gens quand ils s'en sentent propriétaires, et citent comme point de départ fréquent un partage des coûts à parts égales, à moduler selon le risque supporté par le bénéficiaire. Les MERS la décrivent comme une pratique courante, sans en faire une règle.

Dans une subvention mondiale, elle se heurte à une règle de la Fondation : on ne collecte jamais d'argent auprès des bénéficiaires. La contribution peut prendre d'autres formes : du travail, avec le consentement explicite des intéressés, que les conditions exigent ; le remboursement d'un prêt à une institution de microfinance, dans les règles du microcrédit ; une contribution versée hors du budget de la subvention, à un fonds communautaire prévu par le plan de durabilité, piste que ce livre propose et qu'aucun texte de la Fondation ne prévoit. Faites valider la forme retenue par le responsable régional des subventions avant de l'écrire dans la demande.

Séparer les murs et l'activité

C'est la règle qui revient dans chaque chapitre de la partie III, et elle se décide au moment du plan de financement. Pour chaque besoin, posez deux questions : est-ce un bâtiment, ou ce qui se passe dedans ? Et qui paie chacun des deux ?

Besoin Qui peut payer les murs Ce que la subvention mondiale peut payer
Marché couvert détruit collectivité, État, bailleur formation des commerçants, crédit, comité de gestion
Atelier de formation professionnelle collectivité, entreprise, autre bailleur formateurs, programme, outillage en petite part
Entrepôt d'une coopérative coopérative, bailleur gouvernance, comptabilité ; le stockage est éligible selon le cas
Petite rénovation d'un local collectif subvention de district, fonds du club rien, si la rénovation est l'objet unique

Une précision sur la troisième ligne : les conditions de juillet 2026 citent parmi les infrastructures possibles les « storage units, fences and security systems, water or irrigation systems, or greenhouses ». Un local de stockage n'est donc pas automatiquement exclu, mais la limite avec une construction où l'on travaille se discute avant le dépôt.

En Turquie, en 2023, les districts touchés ont appliqué cette séparation sans la nommer : la ville de conteneurs devait être financée par les dons en espèces collectés dans le district, et les subventions mondiales devaient couvrir ses besoins de santé, d'éducation et d'hygiène (chapitre 11).

Contrôler l'argent, le vôtre et celui des autres

Après une catastrophe, l'argent arrive vite, de beaucoup de mains, et passe par des gens pressés. Les conditions de juillet 2026 donnent un cadre que votre club peut appliquer aussi à ses fonds propres.

Un compte réservé. Les parrains d'une subvention mondiale tiennent un compte bancaire qui ne sert qu'aux fonds de la Fondation, sans y mêler le produit des collectes, les cotisations ou les fonds du gouverneur ; un compte par subvention si possible, sinon une comptabilité séparée pour chacune. Les signataires sont membres des clubs ou districts parrains. Le compte de la subvention catastrophe exige deux signatures pour toute opération.

Payer contre preuve. Rien n'est versé à un fournisseur, à une organisation coopérante ou à un bénéficiaire avant que la dépense soit engagée ou le service rendu, et l'organisation remboursée remet l'original de la facture ou du reçu. Reçus et relevés bancaires sont gardés au moins cinq ans. La Fondation peut à tout moment contrôler une subvention, l'auditer ou suspendre les paiements ; le parrain qui ne respecte pas les règles rend tous les fonds et peut être exclu des subventions pendant cinq ans au plus.

Les conflits d'intérêts. La section 10 des conditions vise directement un club qui achète local. Tout conflit, réel ou perçu, est déclaré dans la demande. Les membres d'un comité de sélection déclarent leurs liens personnels, familiaux ou d'affaires avant que la sélection commence. Un fournisseur membre du club, ou dont l'entreprise est détenue ou dirigée par un membre, n'est retenu qu'après un appel d'offres équitable et transparent montrant qu'il offre le meilleur produit au juste prix. Les conditions des subventions de district et catastrophe reprennent ces règles.

Écouter les bénéficiaires. La Norme humanitaire fondamentale (CHS), dans son édition de 2024, demande d'ouvrir à tous les groupes d'une communauté des moyens sûrs et accessibles de signaler une préoccupation ou de porter plainte, et de traiter chaque plainte. Elle demande aussi de repérer, prévenir et gérer les risques de corruption, de fraude, de mauvais usage des ressources et de conflits d'intérêts. Nous proposons de le traduire simplement : un numéro ou une adresse connus de tous les bénéficiaires, lus par un membre qui ne gère pas le projet.

Les pièges

Piège Pourquoi il arrive Parade
Monter la subvention mondiale après l'urgence on manque de bras pendant les secours désigner deux membres qui préparent le dossier dès la deuxième semaine
Budgéter un bâtiment dans une subvention mondiale c'est le besoin le plus visible séparer murs et activité ; chercher un autre payeur pour les murs
Promettre une date aux sinistrés on veut rassurer annoncer un ordre de grandeur, pas une date
Croire que la subvention de district est libre personne n'a regardé interroger le DRFC dès la première semaine
Laisser un rapport en retard la passation de présidence l'a fait oublier un responsable des rapports, nommé pour toute la durée
Recycler des dons d'urgence en reconstruction l'argent dort sur le compte demander l'accord des donateurs, ou annoncer l'affectation dès la collecte
Reprendre les chiffres d'un ancien guide ils circulent dans les présentations vérifier les Terms and Conditions en vigueur et dater chaque chiffre
Collecter de l'argent auprès des bénéficiaires on croit bien faire en les responsabilisant une contribution en travail ou par remboursement, validée par la Fondation

Le septième piège mérite un mot. Le guide catastrophe lui-même contient des chiffres de la Fondation que les textes de 2026 ont remplacés : un rapport d'étape de subvention catastrophe au moins tous les douze mois là où les conditions de 2026 demandent un rapport sous six mois, des pièces gardées sept ans là où les conditions disent au moins cinq, un abondement des fonds de district présenté sous plusieurs formes contradictoires. Aucun livre, ni celui-ci, ne remplace la lecture des textes en vigueur.

Ce que votre club a désormais en main

À la fin de ce travail, votre club dispose d'un plan de financement : pour chaque volet du projet, la source d'argent, ce qu'elle paie et ne paie pas, le calendrier de chaque demande, et le payeur des murs quand il y en a. C'est la pièce du dossier de relèvement que l'annexe B place après le choix des leviers.

À Beyrouth, l'argent a été trouvé parce que plus de 150 clubs et districts savaient chacun ce qu'ils pouvaient mettre, et où. Reste à savoir qui, dans votre club et votre district, portera ce montage pendant trois ans, quand les présidents auront changé trois fois : c'est la question du chapitre suivant.

Checklist

  • Le DRFC a été contacté dans la première semaine ; on sait si le district est qualifié et si un rapport est en retard
  • On sait si la subvention de district de l'année est déjà engagée
  • La subvention catastrophe, si le district la demande, finance des achats auprès des commerçants et fournisseurs locaux
  • Le dossier de subvention mondiale est en préparation pendant l'urgence
  • L'évaluation communautaire et ses données de référence sont prêtes (chapitre 3)
  • Un parrain international est identifié, et la part étrangère d'au moins 15 % est prévue
  • Chaque bâtiment du projet a un payeur autre que la subvention mondiale
  • Les biens distribués restent une petite part du budget
  • Le plan de durabilité couvre deux à quatre ans après la subvention
  • Les dons reçus sont affectés selon ce qui a été annoncé aux donateurs
  • Aucun argent n'est collecté auprès des bénéficiaires
  • Le compte du projet est réservé, chaque conflit d'intérêts est déclaré, et les bénéficiaires savent où porter plainte
  • Chaque chiffre de la Fondation du dossier est daté et vérifié dans les Terms and Conditions en vigueur (annexe E)

Pour aller plus loin

  • The Rotary Foundation, Terms and Conditions for Rotary Foundation Global Grants, version de juillet 2026, sur My Rotary.
  • The Rotary Foundation, Terms and Conditions for Rotary Foundation District Grants, version de juillet 2026, sur My Rotary.
  • The Rotary Foundation, Terms and Conditions for Rotary Foundation Disaster Response Grants, version de juillet 2026, sur My Rotary.
  • The Rotary Foundation, The Rotary Foundation Code of Policies, édition d'octobre 2026, notamment l'article 33.
  • The Rotary Foundation, Community Economic Development Guidelines Global Grant Funding, avril 2024, et Areas of Focus Policy Statements, avril 2024.
  • Rotary International, A Guide to Global Grants, édition 2025, et la fiche Six Steps to Sustainability.
  • SEEP Network, Minimum Economic Recovery Standards, troisième édition, Practical Action Publishing, 2017.
  • Le guide catastrophe, chapitres 18, 19 et 23 ; le guide CED, chapitre sur la Fondation et les subventions mondiales de développement économique.